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Vincbee a-t-il réellement gagné la première coupe du monde de FPV racing ?

La FAI (Fédération Internationale d’Aéromodélisme) vient d’annoncer le gagnant de la première coupe du monde de course de drone en immersion (FPV Racing World Cup) : c’est le belge Vincent Delcommene (Vincbee avec 114 points) qui remporte la coupe, grâce à sa participation à de nombreuses courses à travers le monde. Mais ce classement, relayé par un simple communiqué de presse, reflète-t-il la réalité ou n’est-il pas plutôt la conséquence d’un sport qui manque de maturité dans son organisation ?

Les français dans le haut du panier

On trouve de nombreux français dans le haut du classement avec Benoit Couturier (Sartorius avec 110 points) en seconde position, Julien Leteve (Julien FPV avec 76 points) en cinquième place, Dunkan Bossion (avec 74 points, vainqueur du Paris Drone Festival) juste derrière lui, précédé de Yann Lestavel (Arthus FPV avec 69 points), Christophe Bayardin (Krys avec 58 points), Raphael Rousseau (RaphX avec 53 points) et Laurent Lombard (Rotoboy avec 51 points).

Que signifie ce classement ?

Mais ce classement signifie-t-il réellement que Vincbee dispose des meilleurs talents de pilotage qui font de lui le meilleur pilote de FPV racing dans le monde ? Pas forcément si l’on se plonge un peu plus dans le mécanisme d’attributions des points de cette coupe du monde. Au total, 7 compétitions à travers le monde ont été prises en compte, et notamment le FPV Air Show que nous avions couvert en France en mai dernier. Précision : seuls les pilotes dotés d’une licence FAI (et donc rattaché à un club FFAM) sont pris en compte dans le classement.

Sur 229 pilotes participants (dont 92 français, ce qui nous rappellera les origines de ce sport), aucun n’a participé aux 7 courses. Seul un pilote a participé à 6 courses : il s’agit de Vincbee. Sartorius, quant à lui, a participé à 4 courses. La grande majorité des pilotes (149) a participé à un seul évènement et un nombre assez important (66) a eu la chance de participer à deux compétitions du circuit FAI.

Certains pilotes plus “chanceux” que d’autres

On peut donc penser que Vincbee a été avantagé grâce à sa participation à 6 compétitions. C’est le cas, puisqu’il a augmenté ses chances de récupérer davantage de points. Profitons-en pour préciser que la FAI ne prend en compte que les scores des quatre meilleures compétitions. Les pilotes qui participent donc à moins de 4 compétitions ont très peu de chances d’être sur le podium final. Le danois Kent Dideriksen (imonfire666 avec 78 points) a tout de même réussi à se hisser à la 4ème place sur seulement deux compétitions et le belge Maxime Bastin (Max-B) a fini troisième avec ses 82 points sur trois compétitions, comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous.

classement-fpv-racing-coupe-monde

Si l’on se fie aux résultats compétition par compétition sur le top 4 du classement, on se rend compte que Vincbee n’a jamais eu le droit à monter sur un podium, tout comme Benoit Couturier. En revanche, Kent Dideriksen et Maxime Bastin ont quant à eux toujours fini sur le podium des compétitions auxquelles ils ont participé, mais ils n’ont pas fini sur le podium final. Cette rapide analyse des résultats montre l’existence d’un problème lié à l’émergence rapide du FPV racing : le manque de moyens financiers des pilotes.

Un coût élevé pour gagner la coupe

Puisque participer à de nombreuses compétitions augmente les chances de finir sur le podium de la coupe de monde de FPV racing, les pilotes sont tentés de voyager à travers le monde pour participer à un maximum de compétitions. En 2016, la coupe du monde s’est tenue dans huit pays différents : France, Espagne, Portugal, Slovaquie, Suisse, Corée du Sud, Belgique et Bulgarie. Puisque la FAI ne prend pas en charge les frais, ce sont les pilotes qui doivent se débrouiller pour payer les billets d’avion, le logement et bien entendu leur matériel.

Pour le moment, le sponsoring est assez peu répandu à travers le monde, et surtout en France, alors que la majorité des pilotes ayant participé à la coupe résident dans l’hexagone. Les pilotes doivent donc majoritairement compter sur leurs deniers personnels pour pouvoir assister aux compétitions. Cette coupe du monde ne classe donc pas les meilleurs pilotes en termes de pilotage, mais plutôt les bon pilotes qui ont les moyens de se déplacer partout dans le monde, ou qui ont réussi à en trouver les moyens. Attention, ne nous faites pas dire ce que nous ne voulons pas dire : ce n’est pas l’argent qui fait tout !

Des pilotes en manque de sponsors

Les marques et les revendeurs ont bien entendu saisi l’occasion de sponsoriser les pilotes, à l’image de Parrot pour Pablo Sotes ou encore studioSport qui fournit des pièces à de nombreux pilotes. Pour Vincbee, c’est le pilote lui même qui a utiliser ses économies personnelles, assisté par un particulier (Christophe Voisin, dirigeant de l’entreprise d’informatique CRT Informatique) qui a sponsorisé le pilote en lui permettant de finir sa saison.

Et c’est justement ce sponsoring qui lui a permis d’assister dans de bonnes conditions à 6 courses pour au final finir premier de cette première coupe du monde de FPV racing. Finalement, le FPV racing, ne requiert pas simplement d’être doté d’excellentes compétences en pilotage : il faut également savoir se vendre, et savoir attirer les sponsors.

Les sponsors, le nerf de la guerre
Les sponsors, le nerf de la guerre

Ne pas laisser les pilotes de côté

Pour le moment, l’univers du FPV racing n’est pas mûr, et on peut lui pardonner, puisque ce sport est tout jeune en ayant vu le jour à Chartres à l’été 2015. Il faudrait toutefois réfléchir à cette problématique, puisqu’en l’état, ce type de classement est susceptible de décourager les bons pilotes qui n’ont pas les moyens de participer à toutes les compétitions, mais qui pourraient changer la face du FPV racing, en augmentant le niveau de la discipline tout en faisant rêver les spectateurs avec de sublimes trajectoires et figures.

Ces pilotes pourraient alors être tentés d’aller voir ailleurs, et de préférer participer aux courses qui rapportent de l’argent (les fameux cash prizes), à l’image de la course à Dubaï ou de la DRL (Drone Racing League) aux États-Unis qui rémunère les pilotes pour leur participation à la league. Ces courses ne font pas partie du circuit officiel FAI et sont de simples courses “privées” (comme Drone Air à Paris en juin prochain), souvent créée dans un but commercial.

Plusieurs champions du monde ?

Comme l’ont fait remarquer plusieurs lecteurs, si Vincbee est bien le vainqueur de la coupe du monde de FPV racing de la FAI, on trouve également d’autres champions du monde : Luke Bannister pour le World Drone Prix de Dubai et Shaun Taylor pour les Drone Worlds de Hawaï. On se rend donc clairement compte du besoin d’organisation – au niveau mondial – du FPV racing.

Un format de course à renouveler

Il faudrait alors pouvoir trouver un juste milieu, avec par exemple des courses FAI qui permettent de toucher un cash prize, grâce à des partenariats noués avec des marques et revendeurs du milieu. Mais le marché semble frileux, puisque tout le monde s’observe, sans oser faire le premier pas. La preuve, on attend encore que DJI, le géant du secteur des drones de loisir, se lance officiellement dans le domaine du FPV racing

Si la FAI veut imposer sa coupe du monde, il faut aussi qu’elle reste à l’écoute des pilotes, qui ne manquent pas d’idées pour améliorer les formats de course, et notamment pour les rendre plus intéressantes pour le grand public. Le FPV racing ne peut pas percer si le grand public ne s’y intéresse pas. Le FPV racing ne doit pas seulement exister pour la passion des pilotes, mais aussi pour faire naître des passions chez les spectateurs. Ces derniers ne veulent pas voir une LiPo se vider en 2 minutes après plusieurs dizaines de minutes de discussions et de nombreuses qualifications. Il faut alors réussir à trouver un format qui plaise à tout le monde, voire même qui serait susceptible de passer à la TV.

Du FPV racing en snowboard ? Peut-être pas ;)
Du FPV racing en snowboard ? Peut-être pas ;)

Savoir écouter les critiques

Le FPV racing tel que le conçoit la FAI (mais aussi la FFAM) doit donc être remis à plat, et l’organisation mondiale doit écouter les critiques de toute part : pilotes, spectateurs, partenaires, etc. Sans cette remise en cause, le FPV racing sera pris en charge par des entités privées – à l’image de la DRL ou du World Drone Prix de Dubaï -, présentes sur le créneau uniquement pour des questions de rentabilité et non pas sous forme d’association dont le but premier est de promouvoir ce nouveau sport.

Au final, et pour répondre au titre de cet article (légèrement polémique, avouons-le), oui Vincbee a bel et bien gagné la première coupe du monde de FPV racing. Nous tenions simplement à ouvrir le débat : pensez-vous que les règles édictées par la FAI pour le FPV racing, que ce soit dans le déroulement des courses, mais également dans le calcul des points et de la logistique plus globale sont adaptées à la pratique de ce nouveau sport ?

Deux poids, deux mesures

En toute logique, le FPV racing s’oriente vers deux univers différents : la course à l’état pur, organisée par la FAI, qui réclame encore beaucoup de réglages, et notamment dans le domaine de la communication et les courses showoff pensées avant tout pour le spectacle.

On espère donc qu’en 2017, les différents acteurs de la course de drone feront preuve d’un peu plus de maturité. Malheureusement, cela semble mal parti, puisque la première course de l’année FAI prévue pour fin janvier (et organisée par Bkpress, l’entreprise à qui l’on doit notamment le site de nos confrères Helicomicro), baptisée 2017 WDR Paris vient tout juste d’être reportée sine die, sans plus de précisions de la part des organisateurs. À un mois de l’évènement, les pilotes avaient peur de ne pas avoir le temps de se préparer.

bkpress

L’ERSA : la solution ?

Pour certains, la solution passerait par l’ERSA (European Rotor Sports Association), cet intermédiaire entre la FAI au niveau mondial et la FFAM au niveau national. L’ERSA a notamment organisé l’Euro Cup 2016 qui a eu lieu à Ibiza en octobre dernier. Espérons que les luttes entre la FAI et l’ERSA ne nuisent pas trop à notre sport, le FPV racing. Selon nos informations, des commissions internes FAI et ERSA ont actuellement lieu pour justement faire évoluer le FPV racing dans le bon sens.

Enfin, il faudrait aussi que les courses FAI aient lieu aux États-Unis, un pays dans lequel le FPV racing est très répandu, avec notamment les Drone Worlds, qui devaient bénéficier du support de la FAI, mais l’organisateur aura finalement fait cavalier seul. Dans le pays, la DRL aura tout de même réussi à lever 12 millions de dollars de la part de trois chaînes de télévision (ESPN, Sky et PROSIEBENSAT.1) pour diffuser un programme spécialement pensé pour les téléspectateurs, loin de l’idéal de la FAI…

Source : FAI

7 réflexions sur “Vincbee a-t-il réellement gagné la première coupe du monde de FPV racing ?

    1. Le titre de l’article est polémique, nous l’assumons. Mais il était là pour faire réagir la communauté du FPV racing dans son ensemble sur le sujet de fond de cet article : comment financer ce nouveau sport ?

      Si un pilote français avait été numéro 1, nous aurions titré la même chose, en changeant le pseudo de Vincbee 😉

      Tu préfère peut-être qu’on fasse comme la plupart des médias : simplement relayer l’infos de la FAI comme des bons petits soldats sans poser les bonnes questions ?

  1. Je note une nouvelle fois le pragmatisme dont font preuve les médias Us UK et allemand et surtout la capacité de LA DRL à lever les fonds en vendant son image. Le raisonnement des ricains est imparable. On créé une image forte supportée par des médias majeurs et le business fera le reste. Nous de notre côté, on imagine,on invente les sports de demain et on se perd à vouloir croire qu’il est possible de fédérer tout le monde en s’en remettant à la FAI /FFAM dont les leaders ont certainement une perception réduite des besoins des pilotes. Tout à l’image de ce qu a fait la DRL en décidant de ne pas attendre le précieux support politique de la fai.
    Dont acte alors les frenchies : quel média puissant pour soutenir ce sport naissant ? Quel est business Angel aura l’audace d’injecter des fonds pour donner les moyens aux pilotes français de se hisser sur les plus hautes marchés ?
    En résumé la valeur de l’image dynamise le business et l’économie et l’innovation (imaginez une marque française leader dans le fpv racing) . On a cette capacité humaine et intellectuelle en France mais pas les ronds.
    Les autres l’ont compris.

  2. Je suis donc réveillé ce mercredi par : “Vincbee, un article polémique basé sur du faux vient de paraître sur toi”. Ah ?
    Je prend connaissance et lis.

    Déjà le titre est racoleur, mais pourquoi pas. Si un débat peut être intéressant à ce sujet, je peux comprendre.

    Le problème c’est que les 7 premiers paragraphes, basés sur l’idée que plus on fait de courses, plus on a des points, c’est faux.

    Du coup je me sens obligé d’intervenir…

    Voici l’info, le vraie : pour cette première World Cup, seulement 4 résultats sur les 9 prévus étaient comptabilisés. Peu importe ce que ce Martin de DRONE DE COURSE.FR a dit, le plus important quand on relaie de l’information est de vérifier ses postulats.

    Moi qui lisais de temps à autre ce site, la prochaine fois, j’avoue que je passerai mon chemin. Je me demande si le Martin donnera autant d’énergie à vouloir chercher à réparer de façon juste. Sinon j’ai l’idée d’un sujet à l’image de son titre : “Martin doit-il encore rédiger des articles sur la toile ?”

    VINCBEE

    1. Hello Vincbee ! Navré que tu aies pris le contenu de cet article à titre personnel, même si en effet, nous y sommes allés un peu fort sur le titre, mais c’est uniquement dans le but de faire réagir la communauté du FPV racing autour de la question bien réelle du financement 🙂

      En tout cas, tu sous entends que nous n’avons pas compris les règles de la FAI. Or, si tu relis bien notre article, ce paragraphe est totalement vrai :

      “On peut donc penser que Vincbee a été avantagé grâce à sa participation à 6 compétitions. C’est le cas, puisqu’il a augmenté ses chances de récupérer davantage de points. Profitons-en pour préciser que la FAI ne prend en compte que les scores des quatre meilleures compétitions”.

      En effet, la FAI ne prend en compte que 4 courses, mais ce sont les 4 meilleures courses. En participant à 6 courses, tu as mécaniquement augmenté tes chances d’avoir le plus de points possibles sur 4 courses.

      Ce n’est en tout pas pas une attaque personnelle, et je suis vraiment désolé pour ce sentiment. En tout cas, nous vérifions nos sources et nos infos, et l’articles est totalement avéré sur les critères factuels du classement.

      Je préfère qu’on passe du temps à débattre sur la vraie question de fond : comment financer ce sport et le faire connaître du grand public ?

      Bonne journée à toi.

  3. Bonsoir,
    Merci pou avoir pris la peine de répondre.
    Je précise que je ne suis pas pilote de FPV Racing, mais simple aéromodélisme…
    La question du financement d’un sport, quel qu’il soit, restera toujours sujet à polémique… Et à partir du moment où l’argent intervient, il dénature le sens propre du sport…
    La question devient alors : “doit-on accorder moins d’importance à un titre acquis grâce au talent, mais aussi à la capacité qu’a eu le vainqueur à se vendre et trouver des sponsors ?”
    Exemple : Sebastien Ogier, champion du monde incontesté et incontestable en rallye, doit ses titres à son talent, mais aussi grâce à la structure dont il a bénéficié, qui était de loin la meilleure, grâce à des budgets colossaux… En est-il moins bon pour la cause ?
    Le débat est lancé…

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